Pourquoi montrer l’exemple n’est pas une faiblesse, mais un acte de leadership

Pourquoi montrer l’exemple n’est pas une faiblesse, mais un acte de leadership

On le dit souvent :

“Un bon leader doit toujours montrer l’exemple.”

C’est un principe simple… jusqu’à ce qu’il devienne difficile. Parce que montrer l’exemple, ce n’est pas un réflexe. C’est un choix qui est souvent à contre-courant de nos émotions.

Quand la tension monte, quand quelqu’un dépasse les limites, quand l’injustice frappe, le naturel reprend le dessus. Et ce naturel n’est pas toujours noble. Il nous pousse à répondre du tac au tac, à vouloir rendre la monnaie de la pièce, à cesser d’être le bon garçon ou la bonne fille.

Parce qu’à force de tendre l’autre joue, on finit par avoir mal.

Le déclic d’une conversation ordinaire

Cette réflexion m’est revenue hier, lors d’une fête de famille. Rien d’extraordinaire : un départ précipité, un malentendu sur l’heure de départ, et une voiture pleine de tension.

Sur la route, pendant un arrêt, mon plus jeune fils a résumé la situation d’une phrase :

« Personne n’arrive jamais à l’heure, alors pourquoi s’énerver ? »

Je comprenais sa frustration mais je me suis permis un petit moment d’éducation. C’était un moment parfait pour parler de cohérence.

Je lui ai expliqué que même si les autres arrivent en retard, notre responsabilité reste la même : respecter l’heure convenue. Pas pour notre image. Pas pour être “le gentil”. Mais parce qu’on ne peut pas corriger un comportement en l’imitant. On perd alors toute crédibilité.

Je voyais bien qu’il n’était pas totalement convaincu. Et c’est normal car à 16 ans, on veut surtout que les règles soient justes pour tout le monde. Mais cette conversation m’a ramené en arrière, à mes années comme gestionnaire.

Quand l’égo prend le volant

Les quarts de nuit, c’est un monde à part. La fatigue, la pression, le manque de reconnaissance… tout cela crée des conditions où les émotions débordent vite.

Je me souviens d’un employé qui m’a dit un soir :

« Si cette personne me parle encore comme ça, je vais lui en mettre une. »

Le ton était donné. Je lui ai demandé de venir s’asseoir, de respirer, et je lui ai dit calmement :

“Je comprends ta frustration. Le comportement de ton collègue est inacceptable, et je vais m’en occuper. Mais avant d’aller plus loin, souviens-toi : tu es le seul à choisir ta réaction. Et tu devras vivre avec les conséquences de ce choix.”

Je lui ai rappelé notre politique : tolérance zéro pour la violence, physique ou psychologique. Si tu décides de frapper, c’est ton dernier geste comme employé. Mais si tu restes calme, c’est moi qui prendrai la responsabilité de régler le problème.

Cette clarté apaisait presque toujours les esprits. Parce qu’en vérité, la colère naît du sentiment d’impuissance. Et rappeler à quelqu’un qu’il garde le contrôle sur sa réaction, c’est lui redonner du pouvoir.

Montrer l'exemple pour supporter vos employés

Les représailles du samedi soir

Une autre fois, dans une de mes équipes d’entrepôt, j’ai découvert un étrange phénomène : Des absences tournantes.

Chaque soir, un employé différent “prenait congé” pour punir un collègue qui s’était absenté la veille. Une sorte de vengeance silencieuse.

Quand je les ai confrontés, j’ai compris : ce n’était pas de la paresse, c’était une guerre d’égo. Alors je leur ai dit franchement :

“Si votre travail ne vous intéresse plus, vous êtes libres de partir. Mais jouer à celui qui punit l’autre en étant absent, c’est nuire à toute l’équipe. Vous valez mieux que ça.”

Certains ont baissé les yeux. D’autres ont réfléchi. Et les absences ont cessé.

Encore une fois, c’était une question d’exemple. On ne corrige pas un comportement inacceptable par un autre comportement inacceptable.

Le piège du miroir émotionnel

C’est vrai au travail, mais aussi à la maison. Dans un couple, quand une personne hausse le ton, le réflexe naturel de l’autre est souvent de faire pareil. “Je ne vais pas me laisser crier dessus !”

Et soudain, deux personnes qui s’aiment se retrouvent à crier plus fort pour “avoir raison”. La tension monte, la discussion déraille, et tout le monde sort frustré.

Dans ces moments-là, une seule personne peut sauver la conversation : celle qui choisit de calmer le jeu. Pas en cédant, mais en gardant le contrôle.

C’est exactement ça, montrer l’exemple : Faire le choix de l’équilibre quand tout pousse à la réaction.

Pourquoi c’est si difficile?

Parce que l’exemplarité n’est pas naturelle. Elle demande de l’énergie, de la patience, et un détachement de l’ego. Et dans notre société de performance, cela est interprété souvent pour de la faiblesse.

Pourtant, c’est l’inverse. Montrer l’exemple, c’est une forme de leadership silencieux, exigeant, mais extraordinairement puissant. C’est la capacité à dire :

“Je ne contrôle pas les autres, mais je contrôle ma manière d’y répondre.”

Et cette posture change tout.

Ce que j’ai appris

Voici quelques apprentissages tirés de ces années à observer, échouer, recommencer et apprendre :

1. La pause est une compétence

Savoir s’arrêter avant de répondre est une force. Un leader qui respire avant de parler donne un signal fort : la raison prime sur la réaction.

2. Affirmez la règle, pas l’émotion

Quand quelqu’un dépasse les limites, n’imitez pas sa colère. Rappelez calmement la règle, les faits et les conséquences. L’autorité tranquille inspire plus que la colère bruyante.

3. La responsabilité est contagieuse

Quand un leader admet son erreur, il ouvre la voie pour que d’autres fassent de même. L’humilité crée la confiance ; la fierté, la distance.

4. La tolérance zéro doit être claire

Un environnement sain repose sur des limites connues. Tolérer la violence, qu’elle soit verbale ou physique, détruit la sécurité psychologique de l’équipe.

5. Éduquez avant de punir

Une sanction calme le moment. Une explication transforme le futur.

6. Les adultes font des choix

Le rôle du leader n’est pas de contrôler, mais de rappeler : chaque décision entraîne une conséquence. Donnez le choix, assumez la suite.

Trois gestes pour demain

Si vous voulez cultiver une culture de responsabilité et d’exemplarité, commencez petit.

La règle des 30 secondes Avant de répondre à une provocation, respirez profondément et laissez passer 30 secondes. Ce court délai suffit souvent à faire redescendre l’émotion.

Le débrief constructif Après une tension, réunissez brièvement les personnes concernées et posez trois questions :

  • Que s’est-il passé ?
  • Quel a été l’impact ?
  • Que faisons-nous maintenant ?

Le geste visible Chaque semaine, faites consciemment un geste public qui illustre le comportement attendu : Admettre une erreur, remercier un collègue, ou simplement être à l’heure. Ces micro-actions façonnent la culture plus sûrement que n’importe quel discours.

En conclusion : montrer l’exemple n’est pas faiblesse, c’est pouvoir

Montrer l’exemple, c’est choisir la cohérence plutôt que la réaction. C’est refuser de se laisser dicter son comportement par celui des autres. C’est être un repère, même quand tout autour semble vaciller.

Le vrai leadership ne se mesure pas à l’autorité, mais à la maîtrise de soi. Et la maîtrise de soi, c’est ce qui transforme les équipes ordinaires en collectifs solides, respectueux et fiers.

La prochaine fois que quelqu’un vous provoquera, demandez-vous simplement :

“Suis-je en train de reproduire ou d’élever ?”

Parce qu’à long terme, ce n’est pas la colère qui construit la confiance. C’est l’exemple.

Carl-Michael Tessier, M. Sc., MBA

Allié des gestionnaires oubliés travaillant de soir,nuit et fin de semaine

Carl-Michael Tessier

J’accompagne les gestionnaires et entrepreneurs souhaitant instaurer une gestion plus humaine, tout en renforçant l’efficacité et la performance de leurs équipes. Mettre mon expertise au service des entreprises. De plus, mon expérience en rédaction technique peut être un atout précieux pour votre entreprise.

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