J’ai voulu tout gérer seul… et je suis tombé au combat

J’ai voulu tout gérer seul… et je suis tombé au combat

Il y a, dans le monde du travail, une croyance tenace : un bon gestionnaire doit avoir réponse à tout, être capable de tout gérer seul, et ne jamais montrer de signes de vulnérabilité. Cette croyance, je l’ai moi-même incarnée… jusqu’à ce qu’elle me coûte mon poste. Vouloir tout gérer seul a mené à ma perte.

Ce désir de ne pas demander d’aide, même quand il est évident que nous sommes dépassés, est une trappe redoutable. Il alimente l’épuisement professionnel, brise des carrières et fragilise des vies personnelles. Et je ne parle pas en théorie : je fais partie de ces statistiques.

Après avoir accepté un poste pour lequel je n’étais pas prêt, et après ne pas avoir pris ma place dès le premier jour, voici le troisième élément qui a mené à la perte de mon poste de manager d’entrepôt : je n’ai pas demandé d’aide, alors même qu’un mentor m’avait été proposé.

Le mentor que je n’ai jamais eu

Lorsque j’ai commencé mon poste de manager d’entrepôt, mon patron m’avait mentionné que la compagnie me donnerait la chance d’être accompagné par un mentor externe. Sur le coup, j’étais soulagé : je me disais que ce soutien allait m’aider à franchir ce nouveau cap, à apprivoiser ce rôle plus vaste et plus complexe.

Mais le sujet n’a plus jamais été abordé. Ni par mon patron. Ni par moi.

Et, avec du recul, je sais que ce mentor aurait probablement pu me sauver. Il aurait pu m’aider à comprendre la dynamique politique, à éviter certaines erreurs de débutant, à prendre du recul quand j’étais trop dans l’opérationnel. Mais je ne l’ai pas demandé.

Pourquoi? Parce qu’au fond, je ne voulais pas montrer mes failles.

Demander de l’aide n’est pas une faiblesse

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Ma première erreur a été de croire qu’admettre mes limites revenait à montrer une faiblesse, un manque de compétence.

Je craignais d’être jugé. Peur que mes collègues et supérieurs concluent que j’étais un mauvais choix pour ce poste.

Ironie du sort : en refusant de demander de l’aide, j’ai précipité exactement le scénario que je voulais éviter soit de perdre mon poste.

Je voulais prouver à tous ceux qui avaient douté de mon choix que j’étais capable. Je voulais montrer que, malgré mon manque d’expérience dans la gestion d’entrepôt, je pouvais réussir. Après tout, je n’avais jamais connu d’échec professionnel ou académique jusque-là. J’avais toujours trouvé une façon de m’en sortir.

Mais voilà : tôt ou tard, chacun d’entre nous frappe un mur. Celui-ci fut le mien. Et je sais aujourd’hui que ce mur aurait pu être évité, si j’avais eu l’humilité de demander de l’aide.

Une habitude profondément ancrée

Une autre raison de ce refus, c’est une habitude.

Je ne me considère pas comme une personne orgueilleuse, mais comme quelqu’un qui aime relever des défis. Depuis mes débuts en gestion, je voyais les obstacles comme des montagnes à gravir seul. Je ne pensais pas à utiliser le savoir et l’expérience des autres pour m’aider à franchir ces sommets.

Mon année précédente comme superviseur de production de nuit avait renforcé ce réflexe. Sur le quart de nuit, il n’y a pas de patron au bureau, pas de collègues cadres à qui demander conseil. J’avais pris l’habitude de trouver les solutions par moi-même, souvent dans l’urgence.

Ce qui m’avait rendu autonome… est aussi ce qui m’a isolé. Quand je suis devenu manager d’entrepôt, mon premier réflexe n’a pas été de lever la main, mais de sauter dans l’action, seul.

Et plus je m’enfonçais dans les difficultés, plus j’étais persuadé que demander de l’aide serait un aveu d’échec.

Je ne voyais pas que je perdais le contrôle

La troisième raison est peut-être la plus insidieuse : je ne savais même pas que j’étais en train de perdre mon poste.

  • Mes rencontres mensuelles avec mon patron se passaient bien.
  • J’avais une augmentation salariale au-dessus de la moyenne.
  • Certains projets stagnaient, mais je travaillais dessus.
  • J’avais un problème majeur de mutinerie dans mon équipe (qui sera le sujet d’un autre texte), mais je croyais encore pouvoir le gérer seul.

Bref, je pensais que les choses allaient « suffisamment bien ».

Mais en vérité, je ne prenais pas la température auprès de mes supérieurs. Je ne posais pas de questions claires comme :

Êtes-vous satisfaits de mon travail?

Quelles sont vos attentes pour les prochains mois?

Où devrais-je concentrer mes efforts?

J’évitais ces conversations, de peur des réponses. Pourtant, ces discussions honnêtes auraient pu me sauver. Elles auraient montré ma volonté d’apprendre et donné à l’équipe de direction une chance de mieux m’encadrer.

Les leçons tirées

En revisitant cette période, je comprends que plusieurs facteurs ont mené à ma chute. Mais le plus important reste le silence que j’ai choisi de garder.

·       Personne n’attend de nous que nous soyons des superhéros.

·       Nos patrons ne peuvent pas lire dans nos pensées.

·       Et surtout, demander de l’aide n’est pas un signe de faiblesse. C’est un signe de maturité et de responsabilité.

Au contraire : reconnaître qu’on a besoin de soutien montre qu’on se soucie assez de son équipe et de son poste pour chercher les meilleures solutions.

Conseils pratiques pour les gestionnaires

  1. Parlez de vos défis tôt. N’attendez pas que les problèmes deviennent des crises. Une conversation honnête avec vos supérieurs ou vos pairs peut ouvrir des portes que vous n’imaginez pas.
  2. Distinguez autonomie et isolement. Être autonome est une force. Mais quand l’isolement vous empêche de progresser, il devient un piège.
  3. Voyez le mentorat comme un investissement. Si on vous offre un mentor, saisissez l’occasion. Et si personne ne vous en propose, cherchez-en un vous-même.
  4. Demandez du feedback régulièrement. Pas seulement lors des évaluations annuelles. Créez un dialogue continu pour savoir si vous êtes sur la bonne voie.
  5. Laissez l’ego à la porte. L’orgueil n’a jamais sauvé une carrière. L’humilité, elle, en a sauvé des milliers.

Conclusion

J’ai voulu tout gérer seul. J’ai refusé de demander de l’aide. Et je suis tombé au combat.

Mais ce n’est pas la fin de l’histoire. Cet échec a été une leçon précieuse.

Aujourd’hui, je comprends que le vrai courage d’un leader ne réside pas dans sa capacité à porter tous les fardeaux seul, mais dans sa volonté d’ouvrir la porte, de demander de l’aide et d’accepter que d’autres puissent éclairer son chemin.

Alors si vous êtes gestionnaire, retenez ceci : ne répétez pas mon erreur. Quand vous sentez que le poids devient trop lourd, demandez du soutien. Votre équipe, votre carrière et votre santé vous remercieront.

Carl-Michael Tessier, M. Sc., MBA

Coach en développement d’équipes à haute performance et accompagnement sur mesure

Carl-Michael Tessier

J’accompagne les gestionnaires et entrepreneurs souhaitant instaurer une gestion plus humaine, tout en renforçant l’efficacité et la performance de leurs équipes. Mettre mon expertise au service des entreprises. De plus, mon expérience en rédaction technique peut être un atout précieux pour votre entreprise.

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